 Cette interview est une traduction intégrale de l'interview de Basshunter enregistrée en mai 2009 par David Dolphin pour le journal des étudiant ULSU de l'université de Limerick (Suède), reproduite avec l'autorisation de son auteur. Lien vers la publication originale de l'interview (anglais), avec la possibilité de la télécharger au formats mp3, ogg et flac. DD : C'était une bonne soirée, félicitations. BH : J'ai adoré.
DD : Comment as-tu commencé à mixer ? BH : Je ne l'ai jamais fait.
DD : Composer de la musique ? BH : Il y a une grosse différence entre composer et mixer. Il y a 8 ans je crois, un de mes amis m'a gravé un CD avec plusieurs logiciels, dont un permettant de composer de la musique.
DD : Fruity Loops ? BH : C'est ça, Fruity Loops. Je l'ai essayé, parce que je passe la plupart de mon temps devant un PC. Et j'ai accroché, j'ai adoré, et j'ai continué de m'en servir.
DD : Utilises-tu toujours Fruity Loops (NDT : Ancien nom de FL Studio) ? BH : En fait oui, toujours.
DD : Tu n'es pas passé à Traktor? BH : J'utilise aussi Logic. J'ai utilisé un PC toute ma vie, mais maintenant j'ai un Mac Pro, un iMac et un Macbook Pro, parcequ'il faut vraiment que je travaille sous Max, c'est le truc ultime en ce moment. Mais je n'ai pas beaucoup le temps de m'assoir chez moi, ça prend du temps d'apprendre et étudier un nouveau logiciel de musique, et on a toujours peur de perdre son son. Alors je reste avec FL Studio, et quand j'aurais trois mois de libre dans mon planning je passerai surement complètement à Logic.
DD : Une de tes chansons, Boten Anna, fait référence à un robot IRC (NDT : L'IRC permet de chatter sur des salons d discussions, dont certains sont gérés par des robots). BH : Exactement.
DD : Tu es dans le milieu informatique depuis longtemps, comment as-tu commencé l'IRC ? BH : Quand j'ai commencé à jouer à Counter Strike, au bout de quelques semaines. Tout le monde parlait du canal #gather sur le réseau Quakenet. Je demandais "Qu'est-ce que c'est ?", et on m'a répondu "télécharge juste ce client IRC, mIRC". Et c'est comme ça que tout à commencé. Je suis passé par ICQ, MSN et tout. Maintenant je n'utilise plus de messagerie instantanée, à part IRC, parce que je sais que je parle à des gens comme moi, c'est là où je peux être moi-même, et juste trainer tranquillement.
DD : Excellent. A quels jeux joues-tu en ce moment, si tu as du temps de libre ? BH : Oui j'en ai, enfin je veux dire il faut prendre du temps, surtout pour jouer. Je voyage toujours avec mes PC portables : si la connexion Internet est mauvaise je peux jouer à World of Warcraft, parce qu'un peu de latence ne dérange pas. Chez moi je joue à DotA ou Warcraft 3, j'adore Tower Wars, Tower Defence et Line TD, sans oublier bien-sûr DotA et Counter Strike. Tu joues toi-aussi ?
DD : A quelques jeux oui. Je jouais à Counter Strike avant. BH : Call of Duty ?
DD : Call of Duty est très bon, Modern Warfare. BH : J'ai entendu que cet épisode était presque aussi énorme que Counter Strike, surtout en Irelande et Angleterre.
DD : C'est le cas, mais en différent. Personnellement j'ai toujours été fan de jeux plus rapides, comme Unreal Tournament, UT. BH : Ah oui, c'est énorme ! En fait j'ai mon propre serveur Unreal Tournament.
DD : Sympa. UT 2003/2004 étaient géniaux, surtout parce qu'ils étaient vraiment rapides. Tu es en train de jouer, tu tues trois personnes à la suite, c'est géant. BH : Unreal Tournament est sorti avant Quake 3 non ? DD : Oui. BH : Je trouve que Quake 3 est un peu inspiré d'Unreal Tournament. Je me souviens de Quake 2, les rebords, tirer des roquêtes sur les points de respawn, à condition d'avoir une bonne machine... DD : Tu n'as plus à te soucier de ça maintenant. C'est vraiment bien de jouer, et je sais que tu es asser fort en matière de jeux-vidéo.
DD : Quand tu as traduis Boten Anna pour en faire “Now you’re gone”, tu as changé le sens, presque complètement. BH : Six ou sept mois après que ma carrière ait décollé avec Boten Anna, j'ai pensé qu'il fallait que j'écrive des paroles en anglais. Alors j'ai essayé de traduire les parles plusieurs fois en gardant leur sens original, mais c'était impossible, c'était trop difficile. A la fin de la journée j'ai un peu été aidé par une personne de Hollande - pas pour le projet Basshunter, c'était du travail pour quelques chanteurs, juste des projets annexes - et nous avons planché sur les paroles ensemble. L'inspiration n'était pas vraiment là alors on s'amusait en buvant des bières, et tout est apparu. DD : Cool. C'est vraiment un tube et tu t'es bien débrouillé depuis là.
DD : En parlant des Pays-Bas, comment est ton jumpstyle ? BH : Mon jumpstyle, voyons si je peux encore me débrouiller, c'était il y a longtemps. *Basshunter fait quelques sauts. DD rigole. DD : C'est très bien. BH : J'ai toujours voulu apprendre à danser ; tu as vu que je n'étais pas très doué, je ne fais que danser en agitant les mains et en ayant la trouille. Un jour ça serait bien de mettre en place une choregraphie. Tu connais la tecktonik, une dance française, et 'shuffle'. Je crois que 'shuffle' vient du Royaume Uni ou d'Irelande.
DD : Oui, je crois que 'shuffle' correspond au Hardcore anglais. Ca a juste été repris en Irelande. BH : Je crois que ça a commencé dans les lignes de métro. 'Shuffle' et tecktonik, c'est des trucs dans lesquels je pourrais me lancer.
DD : Est-ce que tu as des conseils pour des futurs compositeurs ? BH (en chantant) : "I’m on a boat motherfucker, with my flippy floppies. I jizzed in my pants." (NDT : Traduisible approximativement par "Je suis sur un putain de bateau, avec des disquettes dans tous les sens. Et là, j'éjacule.". Référence au clip des Lonely Island, "Jizz in my pants"). DD rigole.
DD : Les Lonely island sont très bons. BH : Ah mec, cette chanson, quand nous l'avons entendu nous étions en voiture et on voyait un gars allongé sur un banc : "I’m on a bench motherfucker", et "I’m on a bike motherfucker", c'était fun.
BH : Enfin bref. Un conseil ? Est-ce que tu cherches une recette pour le succès ? DD : Je cherche ce qu'un futur compositeur peut chercher aussi. Tu as commencé avec Fruity Loops dans ta chambre, et maintenant tu joues devant 2000 personnes dans une université étrangère. BH : Si tu compares avec il y a 15 ans, aujourd'hui c'est tellement facile de faire de la musique, qu'en fait tout le monde peut. Par exemple il y a le plugin Nexus VST, avec des sons préfabriqués, tu n'as pas besoin de les modifier, ça sonne juste parfait dès le départ. La seule chose dont tu as besoin, c'est de savoir utiliser le programme et de faire des beats. Il faut aussi avoir de l'oreille. Pour être honnête, la meilleure chose à faire et d'essayer et de faire quelque chose que personne n'a encore réalisé. Fais-le aussi simple et attractif que possible. Si tu fais ça, et de la bonne manière bien-sûr, tout le monde pourra la fredonner, même quelqu'un qui ne peut pas chanter "It’s a long way to Tipperary". C'est une des chansons les plus simple à chanter.
DD : C'est simple et elle reste dans la tête. BH : Image une bande d'amis en train de faire la fête dans un bar, quand soudain un son commence à jouer. Ce n'est pas une chanson, tu cries juste. Utilise toute la promotion que tu peux avoir, pourquoi dépenser 10000 € en une semaine de promotion à la radio quand tu peux atteindre des millions et des millions de personnes avec MySpace, Facebook, YouTube et Twitter. Sérieusement, c'est le futur, et c'est gratuit. Alors inscris-toi juste sur tous ces sites communautaires, même les asiatiques, avec la même identité, et distribue ta musique gratuitement. Le téléchargement gratuit, les gens adorent ça.
DD : En parlant de téléchargement gratuit, quelles sont tes opinions sur Pirate Bay ? BH : Je les connais personnellement car ils sont Suédois.
DD : Et leur malheureuse comparution devant la cours suédoise récemment. BH : Oui, ils ont eu un coup dur. En fait, je crois que c'était le premier avril, une nouvelle loi est entrée en vigueur en Suède qui dit que tu ne peux rien tu ne peux rien télécharger ni rien uploader. Ca concerne les films, la musique et tout ce qui a un copyright. Ils ont trouvé une manière de tout contrôler, même si tu utilises Bittorrent. Tu te rappelles de DC++, Limewire ou WinMX, c'était tellement facile de repérer les adresses IP, mais avec Bittorrent ils ne pouvaient plus le faire ; maintenant ils viennent de trouver un moyen. Ce qu'ils font c'est que, même sans te le dire, ils t'envoient une facture, par exemple de 2500 € en disant "Vous avez téléchargé ça, ce fichier, nous avons votre adresse IP. Si vous avez des objections, rendez-vous au tribunal". Alors en fait, on se fait un peu avoir.
DD : Comment vois-tu le futur de la musique en ligne ? BH : Tu ne peux jamais arrêter de télécharger ou uploader, jamais. Je veux dire regarde moi, sans Internet et les téléchargements je serais un pet dans le vent. C'est vrai, si mes producteurs lisent cette interview ils vont probablement me donner un coup de pied au cul. Je pense que le futur passera par les logiciels genre iTunes, ils étaient les premiers à vendre des singles moins chers. Certaines chansons, tu en télécharges 10 versions et ce sont des copies de mauvaise qualité. Là c'est du 320 Kbps.
DD : Pareil que Amazon et VBR. BH : Tout à fait, tout le monde a suivi. Alors je pense que c'est ça le futur, tu commandes juste des trucs en ligne sur ton ordinateur, que tu peux transférer sur ton iPod. Plus personne n'utilise des lecteurs de CD ou quoi.
DD : Et même, ils disent que seulement 15% des musiques sur iPod sont téléchargées légalement. La majorité vient soit de Bittorrent ou des amis. Alors, tu penses que les gens vont continuer à payer pour de la musique ? BH : Oui je pense que les gens vont continuer à payer. Je sais ce que c'est que d'être étudiant, je n'ai jamais eu de boulot dans ma vie, je n'ai pas réussi, je ne sais pas pourquoi, pourtant j'ai essayé. Je sais ce que c'est, tu as très peu d'argent à dépenser. Imagine qu'il y ait un nouvel album sorti par ton artiste préféré et que tu ne puisses pas l'acheter avant trois mois. Est-ce que ça va t'empêcher de l'écouter ? Non. Bien sûr je pense que c'est plus que juste que cette personne puisse le télécharger.
DD : Je sais qu'en tant qu'étudiant je préfèrerais largement dépenser de l'argent pour un show ou pour acheter un ticket d'un concert d'un artiste que j'apprécie et avoir la musique gratuitement en ligne. BH : Oui exactement.
DD : De cette manière, espérons-le, les artistes gagnent plus d'argent. Plutôt que se faire avoir par des maisons de disque. BH : En fait tous les artistes aujourd'hui, je veux dire les artistes en générale, leurs revenus proviennent des show, pas des ventes. Il n'y a pas beaucoup d'artistes aujourd'hui qui réalisent et écrivent leur propre musique, mais je le fais, alors j'ai droit à tout le gâteau. Tant que tu peux payer tes factures et ton loyer, et avoir de quoi manger tous les jours, c'est mon but. Tout le reste n'est qu'un bonus. Si les gens aiment ma musique et veulent l'écouter je m'en fiche de savoir comment ils l'ont eu, du moment qu'ils aiment et qu'ils prennent du bon temps.
DD : Est-ce que tu as des nouvelles choses en cours ? BH : Tu as entendu la dernière chanson, qui sera le nouveau single après l'été, Every Morning. Je suis chez moi depuis un mois et demi maintenant, à travailler sur le nouvel album. Je l'ai terminé à 70% environ, alors l'album sortira à la fin de l'été.
DD : Bonne chance, j'attends impatiemment de l'écouter. BH : Je travaille assez dur dessus. Pour Now You're Gone, l'album, ils ne m'ont laissé que deux semaines et demi dans le studio, et il y a énormément de choses que je voulais changer mais sans en avoir le temps. Mais cette fois j'ai dit, "si vous ne le laissez pas deux mois en studio vous n'aurez pas l'album". Alors qu'est-ce qu'ils pouvaient faire d'autres, tu vois ? *BH rigole.
DD : Alors, comment se passer la tournée ? BH : Très bien. Cette année je suis allée aux États-Unis pendant un mois et demi, au Canada, en France, j'ai fait le Dance Nation Tour qui a eu pas mal de succès, et maintenant me voilà en Irlande. C'est bon d'être de retour. Cet été il y aura une autre grosse tournée aux États-Unis, à peu près 50 shows, et ensuite en Nouvelle-Zélande et en Australie pour un mois et demi, et ensuite je rentre au Royaume-Unis et en Irlande pour une autre tournée.
DD : Mais tu passes du temps en Suède ? BH : L'année dernière je suis rentré chez moi, voir ma famille - il faut passer du temps avec sa famille aussi - et ils ont calculé que l'année dernière j'ai passé 52 jours chez moi, ou en Suède en général. Quand je suis chez moi c'est juste pour manger de la pizza et jouer sur PC, quand je ne travaille pas dans le studio. En général manger de la pizza et jouer, je peux le faire partout, du moment que j'ai une bonne connexion.
DD : Est-ce que tu comptes fonder une famille, as-tu une petite amie ? BH : J'avais une petite amie avant, pendant cinq ans, et c'est parti en vrille quand ma carrière a décollé, ne me demande pas pourquoi. DD : Tu devais être en voyage, jamais à la maison. BH : Ouais, et elle a pris peur. J'ai essayé d'établir une relation décente pendant les trois dernière année de tournée, parce que parfois tu peux rencontrer quelqu'un de vraiment spécial mais cela ne marche pas.
DD : J'imagine que c'est dur en tournée. Tu penses arrêter un jour et avoir une relation stable un jour ? BH : Oh oui, je veux être père avant d'avoir 30 ans. J'en ai 25 cette année alors il me reste encore cinq ans au moins. Je me protège toujours, alors je ne risque pas de faire d'erreurs. Je m'imagine dans peut-êre 10 ans, avec un petit garçon ou une petite fille. DD : Bon courage. BH : Le truc c'est que, je ne veux pas paraitre complètement idiot, mais si je voulais trouver une copine ça ne serait pas un soucis. C'est juste que tu dois trouver la bonne. Avant que tout ça démarre, c'était assez facile de la trouver, parce que les gens ne me connaissent pas et seulement les gens qui pensaient qu'il y avait un truc spécial chez moi voulaient me... tu vois ce que je veux dire. Mais aujourd'hui quand tu rencontres quelqu'un tu ne sais jamais quelle est vraiment la raison, si elle est intéressée par Basshunter, mon succès ou moi en tant que personne. DD : C'est dur de trouver quelqu'un qui s'intéresse à toi. BH : Oui, la plupart du temps c'est facile à dire, mais je pense que j'y arriverai.
DD : Bonne chance, bonne chance. OK, super discussion avec toi, nous attendons tous le nouvel album. BH : C'est un journal pour tout le campus ? DD : Oui, tout le campus. BH : Nous avons quelques universités en Suède aussi, j'en ai visité quelques unes, surtout pour des fêtes et ce genre de choses. Je dois dire, c'est probablement le plus bel endroit que j'ai visité. Je pourrais très bien réfléchir à aller à l'école ici, enfin je veux pas dire que je pourrais de nouveau ouvrir un livre, mais qui sait. DD : C'est un chouette endroit. BH : Ma mère est principale d'un collège en Suède, auquel je suis allé. Je n'étais pas brillant en maths et histoire, je ne travaillais pas. Je n'ai jamais pu m'en sortir. J'ai des images de ma mère, en train de parler à tous les professeurs de l'école pendant le déjeuner et elle demande à M. Mahr, mon prof de maths, "Bonjour, juste par curiosité, comment Jonas se débrouille-t-il dans votre matière ?", "Eh bien, je ne l'ai pas vu depuis trois semaines". Chopé ! Alors peut-être que je retournerais à l'école un jour pour corriger mes défauts.
DD : Bien. Merci beaucoup, à plus tard. BH : Non, tout le plaisir est pour moi.
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